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Développement, Afrique et énergie: 

notre vision

(résumé)

· Visions,Transitions

25. C’est le nombre de publications, longs articles comme courtes infographies, que totalise le blog de Jokosun au moment de l’écriture de ces quelques lignes. Autant d’articles qui nous ont permis de partager notre vision des énergies renouvelables et du rôle qu’elles peuvent jouer dans le développement du continent africain. 25, ça commence à faire beaucoup pour y voir parfaitement clair, imprimer un sens global … alors au bureau, on a pensé qu’un petit condensé de tout cela s’imposait. C’est ce que l’on tente de faire aujourd’hui.

1) Nous soutenons que pour les zones rurales subsahariennes, la meilleure énergie sera décentralisée et d’origine photovoltaïque. D’une part, le solaire photovoltaïque pour son potentiel régional très fort (car corrélé à l’ensoleillement) et sa pertinence écologique totale lorsque les panneaux sont de première génération, en silicium cristallin. En effet, contrairement à d’autres modules à énergie renouvelables, l’empreinte carbone liée à la production de tels panneaux est très rapidement « remboursée » (1 à 2 ans, pour 25 ans de vie en moyenne), l’utilisation des métaux rares minimisée, et surtout ce sont les seuls panne-aux qui peuvent aujourd’hui être recyclés (à plus de 95%). D’autre part, une énergie photovoltaïque qui soit décentralisée. En d’autres termes, une énergie dont le déploiement ne corresponde pas au montage de grandes centrales solaires alimentant des dizaines de milliers de personnes en électricité via un réseau de distribution centralisé ; mais plutôt par l’agrégation de pleins de petites unités de production sur les toits des foyers des usagers et autres bâtiments. Deux constats basiques nous ont mené à cette prise de position : limiter au maximum la « prise au sol » du secteur énergétique, afin de conserver les terres arables à des vocations nourricières ; et contourner les défaillances structurelles des réseaux électriques subsahariens, qui engendrent de très grandes pertes énergétiques, se répercutant elles-mêmes sur les prix de l’électricité et sur l’environnement (plus on a de pertes, plus on doit produire).

2) Cette décentralisation énergétique est intrinsèquement liée à une vision de progressivité dans l’accès à l’énergie, qui fait corps avec l’installation de micro-centrales et micro-réseaux à terme. En effet, pour des villages non électrifiés jusqu’à présent, commencer par l’installation de quelques unités photovoltaïques totalement off-grid peut être amplement suffisant. Avec un premier accès à l’énergie, les besoins locaux vont se transformer petit-à-petit et induire une plus grosse demande en énergie, tout en relançant potentiellement une bonne dynamique économique locale. Les capacités off-grid vont se déployer jusqu’à atteindre un seuil intéressant, et les multiples lieux de production énergétique locale pourront alors devenir interconnectés grâce au déploiement d’un micro-réseau. C’est aussi pour cela que garder un lien fort avec le client, sur le long terme, nous paraît essentiel : cela permet une réponse constante et adaptée à l’évolution des besoins, et donc pourquoi pas à l’installation de base d’une connexion réseau (basse tension). Mais pourquoi le passage du off-grid au micro-réseau ? Tout simplement pour que l’accès à l’électricité soit effectivement universel. Tout foyer n’aura pas le capital ou la surface de toit requis pour l’installation de panneaux photovoltaïques, tandis que d’autres auront des excédents. De plus, avec l’augmentation des besoins, et notamment des besoins liés à l’activité économique, la création de petites centrales photovoltaïques locales pourra s’avérer nécessaire … et cela est entièrement conditionné par la présence ou non d’un réseau électrique pour acheminer l’électricité à bon port. Mais dans les zones rurales subsahariennes tout cela n’est efficace et efficient qu’à une échelle strictement locale. Ces micro-réseaux, non reliés à un réseau central, pourront notamment fonctionner techniquement grâce à la blockchain de l’énergie, qui permet à tout-un-chacun d’effectuer des transactions énergétiques avec ses voisins (et leur paiement).

3) Les installations photovoltaïques doivent être pensées dès le début dans une optique de performance et durabilité optimales, et qui soient néanmoins accessible aux capacités financières locales. La question de la réunion de ces deux éléments s’est vite posée chez Jokosun : proposant du matériel aux normes européennes (les plus élevées au monde), comment rendre cela accessible en Afrique subsaharienne, sans tomber dans une quelconque logique de don (non reproductible à grande échelle) ? Nous avons trouvé la réponse dans le Pay-As-You-Go, et plus précisément la location-acquisition sur 3 ans. Si la décentralisation énergétique est moins chère dans l’absolu pour les zones rurales subsahariennes, il peut être très difficile pour la plupart des citoyens de débourser la valeur de leur équipement en une fois à un moment m. La location-acquisition permet de répartir temporellement les coûts (sur 36 mensualités dans notre cas), et rend donc abordable le matériel, sans être un gouffre financier puisqu’après 3 ans l’usager devient propriétaire (pour une durée de vie des panneaux située entre 20 et 25 ans). Ce modèle porte également en son sein une garantie de qualité, d’accompagnement, et de suivi : si jamais un problème apparaît, le bénéficiaire arrêtera de payer son abonnement, et le grand perdant sera donc l’entreprise elle-même. C’est cette anticipation financière mécanique qui amène Jokosun à assurer une installation des kits par ses techniciens, un haut niveau de formation des bénéficiaires (à l’utilisation et l’entretien du kit) et une maintenance après-vente rigoureuse. L’ensemble vient donc concilier performance, durabilité, et accessibilité.

4) La certitude que le recours aux services de Jokosun doit être une porte d’entrée à d’autres moteurs du développement. Le mobil money (méthode de paiement via téléphone portable que doivent utiliser les usagers des kits de Jokosun pour régler leurs abonnements) est ainsi un puissant vecteur d’inclusion financière, et peut servir d’étape transitoire vers une bancarisation adaptée. Or, cette bancarisation pour toutes et tous, avec tout ce qu’elle entraîne (accès aux prêts, constitution d’épargne, etc), est un facteur fondamental pour un développement africain écologique et social, qui reposerait sur des TPE et PME.

5) Enfin, l’activité de Jokosun est toute entière conditionnée par une idée puissante et ferme : la diaspora doit être et sera un acteur majeur du développement social et écologique du continent africain. La manne financière diasporique est plus grande que l’ensemble des IDE vers l’Afrique, ou bien encore que l’aide internationale au développement envoyée au continent. Si une partie de ces flux était utilisée à des fins d’investissements productifs plutôt que d’aide conjoncturelle à la consommation courante (pour les proches restés au pays), l’impact pourrait être énorme. En termes de volume monétaire d’une part, mais surtout pour le constat suivant : les profils et motivations des investisseurs de la diaspora seraient bien différents que dans les circuits traditionnels. Nous avons ici des personnes qui avaient pour habitude de donner sans attente de retour financier. Pour aider, en somme. Le passage à l’investissement productif (que ce soit sous forme de capitaux propres ou de prêt) implique bien sûr un retour financier, mais on voit bien par la trajectoire des investisseurs que ce n’est pas celui-ci qui va être l’unique facteur décisionnel. La nature précise de l’activité, ses impacts externes (qui n’impactent donc pas le retour sur investissement) sur l’économie, la société et l’environnement locaux risquent d’occuper une place majeure dans les choix d’investissements des membres de la diaspora. Les projets responsables et inclusifs partiraient avec une longueur d’avance décisive. De fait, le maillage actuellement manquant des économies africaines, les PME, pourrait se construire immédiatement sur un modèle durable. Le changement dans le capitalisme, il s’opère donc déjà là : des investisseurs d’une nouvelle nature, pour des investissements d’une nouvelle nature.

On parle beaucoup du saut énergétique de l’Afrique (directement les énergies renouvelables), de son saut numérique (directement économie de la connaissance) … mais le saut majeur qui se présente au continent noir est probablement ailleurs : réinventer, par la collaboration constante entre africains et diaspora, la finalité des entreprises au sein de la société.

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