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Auteur : Thomas PEDOT
Publiée : 03 oct. 2018
Mise à jour : 27 févr. 2024

Jour 0 - Jokosun : l'électrification subsaharienne, levier d’indépendance

En Afrique, malheureusement, il y a encore 568 millions de personnes qui ne bénéficient pas de l'accès à l'électricité. Cependant, il convient de noter que cette situation varie considérablement d'un pays à l'autre. Selon les données fournies par la Banque mondiale, seuls six d’entre eux ont réussi à atteindre un taux d'électrification de 100%. À l'opposé, plus de la moitié des États africains affichent des taux d'électrification inférieurs à 50%. Il est donc crucial de mettre en place des stratégies et des investissements appropriés pour remédier à cette situation et permettre à tous les habitants du continent africain d'avoir accès à une source indispensable d'énergie.

L'accès à l'énergie, levier décisif du développement socio-économique africain

D’emblée, les chiffres africains sur le manque d’accès à l’électricité, véritable fée de l’époque moderne, frappent. Pourtant, il est fondamental de comprendre, de dresser un état des lieux, aussi critique soit-il, pour mesurer le chemin à parcourir (…) et ainsi saisir l’ambition nécessaire à la concrétisation de notre vision, éminemment sociale et positive pour l’Afrique, dans toute sa diversité. Alors poursuivons.

Pour en revenir à l’Afrique subsaharienne, elle constitue la seule région du monde où le nombre absolu de personnes sans accès à l’électricité devrait augmenter dans les prochaines années si des solutions innovantes et adaptées ne sont pas déployées rapidement.

En Afrique de l’Ouest, les pays membres de la CEDEAO arrivent à un taux moyen d’électrification inférieur à 40%, qui masque de grandes disparités, comme mis en évidence dans le tableau ci-dessous avec les Etats francophones de la zone :

Niveaux d'électrification des populations nationales en Afrique de l'Ouest
Niveaux d'électrification des populations nationales en Afrique de l'Ouest

Une électrification rapide entre 1990 et 2016

Mais l’important n’est peut-être pas tout à fait là. Si l’on observe une courbe de tendance de l’électrification entre 1990 et 2016, on verra que tous ces pays ont connu de considérables améliorations. Bien qu’il faille se réjouir de tels progrès, il ne faut pas se contenter de ces chiffres bruts mais bien observer leurs causes réelles, afin de comprendre quels problèmes persistants ils peuvent dissimuler. Si plus de personnes ont aujourd’hui accès à l’électricité en Afrique de l’Ouest qu’il y a 30 ans, c’est certes en partie grâce à des extensions, mais également et surtout parce que l’exode rural a mené à une très forte concentration sur des zones urbaines déjà desservies (avec plus ou moins de succès) par le réseau électrique. Les inégalités intra-nation, c’est-à-dire ici entre villes et campagnes, sont donc clairement à prendre en compte.

Mais elle ralentie jusqu’à aujourd’hui

En Afrique subsaharienne, le taux d'électrification a connu une légère augmentation, passant de 46% en 2018 à 48% en 2020. Bien que sa position mondiale se soit dégradée, cette progression témoigne des efforts entrepris dans la région pour améliorer l'accès à l'électricité. Cependant, il est important de souligner qu'il existe d'énormes disparités dans cette région. Les niveaux d'électrification les plus élevés peuvent être attribués à Maurice, qui se distingue par sa performance exceptionnelle dans ce domaine. (100%), des Seychelles (100%), du Cap Vert (94%), du Gabon (92%), des Comores (87%), du Ghana (86%), de l’Afrique du Sud (84%), d’Eswatini (80%), du Botswana (72%), du Kenya (71%), de la Côte d’Ivoire (70%), du Sénégal (70%) et de la Libye (70%).

PaysTaux d'électrificationPaysTaux d'électrification
Algérie100%Soudan du Sud7%
Egypte100%Tchad11%
Maroc100%Burundi12%
Maurice100%Malawi15%
Seychelles100%Centrafrique15%
Tunisie100%Burkina Faso19%
Cap Vert94%RD Congo19%
Gabon92%Niger19%
Comores87%Sierra Leone26%
Ghana86%Liberia28%

Des systèmes hybrides pour l’Afrique Subsaharienne

Les systèmes hybrides décentralisés représentent un nouveau paradigme passionnant dans le domaine de l'électrification en Afrique subsaharienne. Ils offrent une solution innovante pour répondre aux défis énergétiques de la région, en combinant différentes sources d'énergie telles que l'énergie solaire, éolienne et thermique.

Ces systèmes permettent une électrification plus rapide et plus efficace des zones rurales qui sont souvent éloignées des branchements électriques traditionnels. Grâce à leur nature décentralisée, ils offrent également une plus grande autonomie aux communautés locales qui peuvent désormais produire leur propre électricité.

Ce changement de paradigme a un impact significatif sur le développement socio-économique de la région. En fournissant un accès fiable à l'électricité, les systèmes hybrides décentralisés stimulent la croissance économique locale en favorisant l'entrepreneuriat et la création d'emplois. Ils améliorent également les conditions de vie, en permettant par exemple l'accès à l'eau potable grâce à des pompes solaires ou en facilitant l'accès aux services de santé grâce à l'électricité dans les centres médicaux.

De plus, ces systèmes contribuent activement à la transition vers des modes de production d'énergie plus durables et respectueux de l'environnement. En réduisant la dépendance aux combustibles fossiles et en exploitant les ressources vertes disponibles localement, ils participent à la lutte contre le changement climatique tout en préservant les ressources naturelles précieuses du continent africain.

En conclusion, les systèmes hybrides décentralisés représentent une véritable révolution dans le secteur de l'électrification en Afrique subsaharienne. Ils ouvrent de nouvelles opportunités pour le développement économique, l'amélioration des conditions de vie et la protection de l'environnement. Il est essentiel d'encourager et de soutenir cette transition vers un modèle énergétique plus durable afin d'assurer un avenir prospère pour la région.

Un système central en retard

Les pertes d'exploitation dans tous les secteurs électriques africains ont malheureusement atteint un montant alarmant de plus de 150 milliards de dollars en 2020. Cette situation préoccupante souligne l'urgence et la nécessité pour l'Afrique de mettre en place des mesures efficaces pour limiter ces pertes et stimuler davantage le développement économique du continent.

En investissant dans des infrastructures électriques fiables et durables, tout en assurant une gestion efficiente, nous avons la possibilité de transformer ce défi en opportunité, offrant ainsi une meilleure qualité de vie à tous les citoyens africains. Face à la croissance démographique de la région, il est devenu évident que les réseaux d'électricité centraux ne peuvent plus satisfaire pleinement les besoins des hommes et des femmes, même dans les zones déjà desservies.

Au Sénégal : Kolda, Tamba, Bakel, Louga et Matam très faiblement raccordé

En témoigne le cas sénégalais, où fin 2015 environ 31.5% de la population rurale n’avait pas accès à l’électricité (contre une moyenne nationale de 64.5%). Allons plus loin : fin 2015, les départements de Kolda, Tamba, Bakel, Louga et Matam ne dépassaient pas les 5% de taux d’électrification.

Objectivement, avec ses 13.88% de la population mondiale pour seulement 1.99% de part dans le PIB global (2016), l’Afrique Subsaharienne n’occupe pas la place qu’elle devrait sur l’échiquier économique planétaire. Le manque d’accès, socle fondamental à toute activité économique moderne, semble être l’une des sources profondes de cette inéquation. Mais alors :

Un système hybride décentralisé : une chance de déploiement plus rapide

Ces systèmes peuvent offrir un accès à l'électricité plus rapide que le réseau central pour les personnes qui en sont privées.L'utilisation de ces systèmes AI offre de nouvelles opportunités aux consommateurs pour gérer leur consommation d'énergie de manière modulaire. Cela leur permet de progresser selon leur budget et leurs besoins, en accédant à une gamme de services électriques innovants. Cette flexibilité permet à chacun d'améliorer son niveau d'énergie sans se soucier des contraintes financières.

La diminution du coût des systèmes solaires décentralisés peut également entraîner une baisse du prix de l'électricité pour les consommateurs commerciaux et industriels, ce qui favorise leur compétitivité économique et la diffusion des technologies vertes sur le continent.

💡
L'AIE estime que ces prochaines années, il y aura un besoin moyen de 40 milliards de dollars par an pour financer des projets difficiles à attirer des fonds privés.

La résilience des réseaux augmente avec la décentralisation des capacités de production. Les consommateurs dépendent moins des infrastructures. À l'avenir, si nous produisons principalement de l'électricité là où elle est consommée, il ne sera plus nécessaire de la faire transiter par des lignes de transmission. Cela permettra une distribution plus efficace et réduira les pertes d'énergie.

Ces pertes sont élevées dans de nombreuses région. Les besoins d’investissements colossaux seraient moins courant.

Favoriser les solutions décentralisées pour l’accès à l’énergie

Les secteurs électriques centralisés de la région traversent une période difficile en raison des crises liées au Covid-19 et du conflit en Ukraine. Ces événements ont exacerbé leurs problèmes. Les systèmes décentralisés joueront plus que jamais un rôle clé dans le développement de l'accès à l'électricité sur le continent. Dans ce contexte de réduction des capitaux disponibles dans les pays émergents, les institutions financières de développement pourraient soutenir davantage l’investissement dans l’écosystème d’entreprises qui font commerce des solutions décentralisées vertes. L’objectif final : faciliter l’accès à une électricité propre sur le continent.

Sur le continent le plus jeune du monde, jusqu’où ira toute cette jeunesse, une fois qu’elle bénéficiera d’un accès constant, sécurisé, et géographiquement égalitaire à l’énergie ? Jusqu’où iront ces entrepreneurs, tous ces hommes et ces femmes qui aujourd’hui imaginent déjà demain, une fois qu’ils pourront rebrancher leur smartphone aussi facilement qu’un occidental le fait actuellement ? Et quelle influence, symbolique et politique, aura cette Afrique quand, faute de beaucoup d’infrastructures préalablement existantes, "Elle" se sera jetée directement et à bras le corps dans les énergies renouvelables et l’ère bas carbone ?

C’est ce constat et ces anticipations, pragmatiques et réalistes, qui nous animent quotidiennement dans notre travail. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le défi est immense ; mais nous n’y voyons qu’une preuve supplémentaire du potentiel africain et de la place que doit prendre, demain, ce continent sur la scène mondiale.

Quelle influence, symbolique et politique, aura cette Afrique quand, faute d’investissements préalablement existantes, elle se sera jetée directement et à bras le corps dans les énergies photovoltaïques et l'ère bas carbone?

Cette aventure s’annonce grande et belle mais, sans vous, elle n’est rien ! Alors nous espérons vous revoir très vite pour la publication de nouveaux articles, à commencer par cette question décisive : énergie centralisée ou décentralisée, vers quel modèle doit-on aller ?

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