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L'énergie demain : quel modèle ? (chapitre 1 sur 2)

Un petit éloge de la décentralisation énergétique

Si la transition à plus ou moins long terme vers les énergies renouvelables semble faire le consensus (à l’exception peut-être de quelques trumpistes égarés au beau milieu du XXIème siècle), une telle transition ouvre néanmoins en son sein de nouvelles problématiques, dilemmes et choix. Ceux-ci seront décisifs dans la manière dont ces nouvelles énergies vont impacter à la fois les hommes, et les écosystèmes.

La première orientation stratégique, et sans doute la plus fondamentale à ce jour, concerne la nature du modèle que l’on veut adopter demain pour les énergies vertes : conserver le modèle énergétique centralisé, qui régit l’économie mondiale depuis la Première Révolution Industrielle ? Ou envisager ces nouvelles sources d’énergie comme une opportunité de basculement sur un modèle décentralisé, où le pouvoir énergétique n’est plus détenu par quelques puissants mais bien distribué aux citoyens ?

Sans renier totalement l’intérêt des centrales d’énergie, notamment pour les nœuds urbains, nous allons vous expliquer dans ce « petit éloge de la décentralisation énergétique » pourquoi, chez Jokosun, nous croyons fermement en la pertinence écologique et sociale de ce nouveau modèle qui s’offre à nous, pour l'énergie et le monde de demain.

En 1769, l’écossais James Watt dépose un brevet qui fera rapidement basculer l’Europe, puis l’ensemble de la planète, dans un autre monde. La machine à vapeur vient de naître ; nous sommes en l’an 1 de l’ère post-révolution industrielle.

Cette invention, dont le principe repose basiquement sur la poussée d’un piston grâce à la vapeur d’eau, elle-même générée pas la combustion d’un matériel, est intrinsèquement liée à la nécessité d’approvisionnement intense et régulier en combustible. L’un d’eux va alors se révéler particulièrement efficace, et abondamment disponible dans certains sous-sols : le charbon. Et c’est là que le modèle énergétique moderne se forme. Pour exploiter ce charbon, il faut trouver les gisements, forer, creuser des mines … les moyens financiers et humains requis sont considérables. La rentabilité exige que chaque site extraie quotidiennement une grande quantité du précieux combustible. Il en ira de même plus tard avec le nucléaire (uranium 238) et surtout le pétrole, aujourd’hui encore moteur de l’économie mondiale. L’exploitation des sources d’énergie ne pouvait être que centralisée, tant du fait de la présence géographique concentrée de ces gisements que par les impératifs économiques liés à leur extraction et distribution. Concrètement, le modèle centralisé signifie qu’une grosse unité de production d’énergie dessert une région très vaste grâce au déploiement du réseau électrique depuis la centrale concernée.

Mais alors, pourquoi l’arrivée de l’éolien, du photovoltaïque, du solaire thermique -et l’on en passe- dans le paysage technologique contemporain vient casser les schémas établis et remettre en question ce modèle hérité de la fin du XVIIIème siècle ?

Toutes ces technologies ont en commun le fait qu’elles n’utilisent pas des énergies « stockées » par la nature (et donc en quantités limitées, prenant des millions d’années à se reformer dans des endroits réunissant des conditions géologiques précises). Bien au contraire, elles convertissent des flux, présents absolument partout, bien qu’en quantité variable. Le rayon de soleil, la brise ou la rafale de vent, le cours d’eau (encore que parfois rares), sont des éléments dont n’importe quel être humain peut jouir quotidiennement, sans devoir suer ni pour les trouver, ni pour en tirer un petit plaisir. Dans le même temps, l’accessibilité croissante aux batteries de stockage, aux tailles de plus en plus modulables, rend possible, aujourd'hui et encore plus demain, la gestion de l’énergie par tout-un-chacun.

Les obstacles techniques et économiques à la décentralisation de l’énergie -c’est-à-dire que tout un chacun devienne producteur d’énergie- ne prévalent plus dans cet environnement-là.

Mais au juste, la décentralisation énergétique … c’est quoi ? Fondamentalement, elle suppose la remise en question de l’efficacité du réseau lorsque celui-ci concerne de très grands espaces, nationaux voire internationaux. Chez Jokosun, nous apportons l’électricité à des foyers depuis leurs propres toits. Le transfert d’énergie ne se fait plus sur des centaines de kilomètres, mais sur les quelques mètres qui séparent le(s) panneau(x) photovoltaïque(s) à une lampe, une télé, un frigo, ou une cuisinière. Mais ne simplifions pas trop la chose. La décentralisation ne signifie pas forcément l’abolition de toute centrale électrique (quelle que soit sa nature : solaire, éolienne, etc) et le « chacun producteur de sa propre énergie ».

Ce dernier modèle -que porte Jokosun- est pertinent lorsqu’il prête attention à deux critères. D’une part, les besoins de la population concernée. Ces besoins étant souvent modestes au début, l’énergie produite depuis un toit (et tout particulièrement un toit d’Afrique de l’Ouest, au vu de l’ensoleillement régional) s’avère amplement suffisante pour y répondre, et il serait contre-productif de passer immédiatement du stade « sans électricité/au fioul » à celui d’une puissance énergétique digne de la Silicon Valley. C’est notamment face à ce constat de solutions inadaptées, non progressives, ce gigantisme énergétique, que Jokosun s’est créé.

Il serait contre-productif de passer immédiatement du stade « sans électricité/au fioul » à celui d’une puissance énergétique digne de la Silicon Valley. C’est notamment face à ce constat de solutions énergétiques inadaptées, non progressives, ce gigantisme énergétique, que Jokosun s’est créé.

D’autre part, la nature de l’architecture locale doit être prise en compte dans le choix de la solution décentralisée adéquate. Dans le cas d’un village, où les habitations sont pour la plupart des maisons sans étages, la surface de toit est souvent suffisante pour répondre aux besoins des habitants. Dans le cas d’un nœud urbain, où l’architecture se verticalise, et qu’une même surface de toit est donc partagée entre les foyers des différents étages, il faudra peut-être envisager la création d’une centrale électrique. Mais là où les énergies renouvelables changent encore la donne, c’est que cette centrale ne devra pas forcément être située à « la mine de charbon la plus proche » … c’est-à-dire très loin dans la majorité des cas. Tirer son énergie du soleil par exemple, c’est s’offrir l’opportunité que cette centrale soit installée à proximité de cet habitat vertical dont il est question, et ne desservir en énergie que cet habitat proche, dont les besoins ont été ciblés et mesurés. En deux mots : une réponse adaptée.   

Désormais, nous avons le choix, alors que vienne son heure

Désormais, nous avons le choix, alors que vienne son heure : grosses unités de production d’énergies renouvelables, à l’instar du parc solaire thermodynamique d’Ivanpah (Californie) et ses 392 mégawatts ? (un article sera publié prochainement pour analyser le cas des centrales photovoltaïques construites au Sénégal, et la pertinence ou non de la réponse qu’elles apportent à l’enjeu d’électrification des villages)

Ou bien petits panneaux photovoltaïques posés sur des toits de maisons déjà construites, moins impressionnants mais suffisants pour répondre aux besoins du foyer en question, à l’instar de ce que Jokosun déploie quotidiennement ?

Voulons-nous vraiment de ce modèle pour l'énergie, demain ?

Le premier argument en faveur de la décentralisation énergétique, que nous allons développer ici, est aussi simple que rationnel. A quoi bon sacrifier des espaces vierges alors que des éléments de notre architecture sont sous-exploités et pourraient parfaitement accueillir ces panneaux photovoltaïques (par exemple) ? Parce qu’au-delà des 392 MW d’Ivanpah et des 140 000 foyers alimentés, ce sont 14 km² du désert de Mojave qui ont été complètement déformés. Dans un monde où l'Humain laisse toujours plus son empreinte sur les paysages -et pas toujours de manière très flatteuse-, ne devrait-on pas s'inquiéter de voir de tels endroits désacralisés, alors même que c'est de là que, demain, l'admiration et le respect des hommes pour la Nature peut renaître ? D'autant plus que la faune et la flore sont directement impactées. En témoignent ces oiseaux qui, à Ivanpah ... brûlent en plein vol !  

Dans un monde où l’Humain laisse toujours plus son empreinte sur les paysages, ne devrait-on pas s’inquiéter de voir de tels endroits désacralisés, alors même que c’est de là que, demain, l’admiration et le respect des hommes pour la Nature peut renaître ?

Deuxième aberration du système : en Inde, dans le district de Kurnool, la plus grande centrale photovoltaïque au monde (au coude-à-coude avec des projets chinois) occupe plus de 24km² … de terres arables ! Dans le district du Kurnool se cultivent en effet facilement pois chiches, arachide, tournesol, riz,, etc. Nous vivons à une époque où la croissance démographique et les mutations globales des modes d’alimentation (la consommation croissante de viande, et notamment dans les pays émergents, mène à un rapport calories/surface cultivée toujours plus faible) rendent la mission agricole de nourrir les hommes, constamment plus rude. Rajoutons à ces deux données que l’on « commence » à s’apercevoir des sacrées limites, sur le moyen terme, du modèle agricole intensif : les engrais épuisent les sols, les pesticides tuent à petit feu la capacité des végétaux à se protéger d’eux-mêmes. Bref, la réinvention d’une agriculture plus régulée apparaît comme seul horizon viable pour nourrir les hommes. Le besoin en terres associé à cette mutation nécessaire de l’agriculture rentre en collision avec le gigantisme de ce type de projets énergétiques centralisés.

Ponctuons ce premier épisode de notre « petit éloge de la décentralisation énergétique » par une précision qui a son importance. Les surfaces de ces deux grosses centrales abordées, 14 et 24 km², correspondent à un moment historique où les énergies renouvelables pèsent encore peu dans notre mix énergétique. Il faut donc imaginer l’immensité des surfaces concernées lorsque les énergies fossiles, polluantes, auront été remplacées totalement par ces énergies renouvelables et propres, si l’on choisit de conserver avec elles le modèle centralisateur. Cette énergie, pour un très grand pourcentage, elle peut venir de nos maisons, nos toits, sans nuire à la biodiversité, déformer des paysages entiers, ou empêcher leur vocation à nourrir les 7,5 milliards de femmes et d’hommes. Lorsque les besoins sont plus importants et/ou que l’architecture est verticale, l’autre échelon des solutions décentralisées amène lui aussi une réponse écologique intégrée. Les petites centrales locales, par nature de taille plus modérées que les projets à plusieurs centaines de mégawatts car localement adaptées aux besoins, pourront parfaitement revêtir une utilité sociale indirecte pour les habitants, et limiter l’impact écologique de l’occupation terrienne sur une région. Quelques dizaines de mètres carrés de panneaux photovoltaïques, c’est un ombrage alternatif pour le troupeau d’ovins du coin. En fait, c’est beaucoup de choses, que chacun est libre d’imaginer et de profiter.  

Chez Jokosun, nous voulons que transition énergétique rime pleinement avec transition « Écologique » (…) Pour cela, nous choisissons la décentralisation énergétique

Chez Jokosun, nous voulons que transition énergétique rime pleinement avec transition "Écologique". Il ne s’agit pas seulement de réduire nos émissions de CO2. Les entreprises de l'énergie de demain, sociales, solidaires, écologiques, doivent voir plus loin qu’elles-mêmes, et intégrer à leur plan d’action l’ensemble des parties prenantes et secteurs d’activité touchés, pour un développement durable et global de la société.

Pour cela, en plus de l’adoption évidente des énergies renouvelables, nous choisissons la décentralisation énergétique.

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