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Terres rares et transition énergétique : l'indispensable sursaut -

- plaidoyer pour une filière pleinement verte (chapitre 3 sur 3)

Le 10 janvier 2018, la parution de l’explosif traité de Guillaume Pitron, « La guerre des métaux rares », frappe de plein fouet les différentes filières de la transition énergétique par les vérités qu’il détaille et diffuse. Pour autant, arrêter en bloc de croire à la pertinence écologique et sociale des énergies renouvelables pour le monde de demain nous apparaît aussi inapproprié que nier l’impact écologique de ces filières. Au contraire, ce traité est un coup de poing salvateur, qui doit réveiller toutes les parties prenantes de la filière photovoltaïque (notamment) afin de la rendre pleinement écologique, et donc plus cohérente, plus forte, face au modèle de l’économie carbone.

« [Voici] la formidable erreur dont pâtit la transition énergétique et numérique : elle a été pensée hors-sol » - Guillaume PITRON, La guerre des métaux rares (2018)

3ème partie - Phase minière et énergies renouvelables : l'indispensable sursaut

[ Soyons clairs : cet article reprend sur de nombreux points le propos de Guillaume Pitron. Merci à lui pour cet apport intellectuel majeur à la transition énergétique ]

Autorisons-nous un petit résumé des deux derniers chapitres avant d’attaquer cet ultime pan de notre plaidoyer pour une filière photovoltaïque pleinement verte.

  1. Le photovoltaïque à silicium cristallin (1ère génération) rembourse en seulement 1 à 2 ans la « facture carbone » nécessaire à sa fabrication. Il utilise très peu de métaux rares (ce qui ne signifie pas rien, puisque du bore et du phosphore sont tout de même nécessaires).
  2. De plus, ce type de panneaux photovoltaïques est désormais très bien recyclable : taux de valorisation supérieur à 95%, durée de vie cumulée de 100 ans pour une cellule de silicium … il y a largement de quoi se réjouir !

Néanmoins, ces éclaircissements et bonnes nouvelles ne doivent pas nous faire nier les problèmes restants, tant ceux propres à la filière photovoltaïque que ceux communs à l’ensemble des énergies renouvelables.

Mais alors quels sont-ils, ces problèmes ? La demande mondiale absolue en énergie devrait augmenter de 25% d’ici 2040, portée à la fois par l’accroissement démographique global et le développement économique de nombreuses régions du globe. C’est juste énorme. Ne tombons pas dans les statistiques prévoyant comment sera composé le mix énergétique mondial à l’issue de cette période. Ce que nous voulons est une économie bas carbone, donc faire progresser de manière exponentielle la part des énergies renouvelables dans ce mix.

Comme le résume très bien Guillaume Pitron dans la citation ouvrant cet article, il est fondamental de penser ces énergies renouvelables « Plein-Sol ». Les dispositifs à énergies renouvelables sont composés de matières premières, dont des métaux rares (également nécessaires pour l’exploitation du pétrole, restons très clairs sur point-là). Même si le PV à silicium cristallin n’en utilise que peu, il en utilise. Et surtout, les systèmes d’énergies renouvelables, puisqu’intermittents par nature dans leur production, sont fondamentalement associés à des systèmes de stockage : des batteries. Elles aussi nécessitent des matières premières … et beaucoup de métaux, rares ou non. Toutes ces matières, nécessaires pour répondre à la demande mondiale en énergies renouvelables (et donc systèmes de stockage liés), proviendront directement des sols de la planète.

Les processus d’extraction des métaux, et particulièrement des métaux rares, sont énergivores et peuvent rejeter des quantités monstrueuses d’eaux toxiques (métaux lourds, radioactivité, etc), ce qui bien sûr assèche la fertilité des terres et frappe de plein fouet la santé des populations alentours. La controverse actuelle sur la transition énergétique vient principalement de là. Si le constat est véridique, il ne doit pas en être fatidique. Voilà la bonne question à se poser :

L’industrie minière est-elle forcément très déstabilisatrice de l’environnement, local comme global ?

La réponse est non. Pas forcément. Mais à l’heure actuelle, elle l’est. La raison : au début des années 1990, les pays occidentaux entrevoient les énormes besoins en métaux rares pour les années à venir. Dans le même temps, les sociétés civiles de ces mêmes pays commencent à se mobiliser face à des industries aux impacts écologiques et sanitaires mauvais. L’industrie minière en fait partie. L’allongement du temps d’études dans la plupart des pays occidentaux fait croire (encore aujourd’hui) à une « utopie » d’une société de services où l’industrie et ces dures conditions de travail ne sont plus. Enfin, et surtout, plus d’une décennie s’est écoulée depuis le lancement en République Populaire de Chine, par Deng Xiaoping, du programme des 4 Modernisations : construire une industrie forte pour l’indépendance matérielle chinoise, y compris minière, conjuguée avec l’ouverture progressive au libéralisme économique et une main d’œuvre non-qualifiée à très bas coût.

L’ aboutissement de ce quatuor semblait déjà tout fait : délocalisation de l’industrie minière occidentale vers la Chine, qui fit main basse sur la quasi-totalité de la production mondiale de terres rares. Et ce, avec l’assentiment inconditionnel de l’Europe

Les terres rares contrôlées par la Chine, c'est un défi pour la transition énergétique

L’aboutissement de ce quatuor semblait déjà tout fait : délocalisation de l’industrie minière occidentale vers la Chine, qui fit main basse sur la quasi-totalité de la production mondiale de terres rares. Et ce, avec l’assentiment inconditionnel de l’Europe. La boîte de Pandore était ouverte : dans un pays où les objectifs du plan quinquennal sont rois, aucune réglementation environnementale ou sanitaire n’a été mis en place/œuvre autour de ces gisements miniers. Les métaux à très bas coûts inondaient les marchés mondiaux, les seuls possibles concurrents étant des pays pauvres comme le Congo, où l’exploitation non régulée par l’Etat détruit l’environnement et alimente des conflits meurtriers. Simultanément, les pays occidentaux développaient précisément cette grande illusion de l’économie immatérielle.

Simultanément, les pays occidentaux développaient précisément cette grande illusion de « l’économie immatérielle »

Alors, comment effectuer la transition énergétique tout en limitant, autant que faire se peut, les impacts sur l’environnement et la santé de l’industrie minière située en amont de cette transition ? Précisément, sortir de cette illusion de l’économie immatérielle. En réimplantant ces industries minières « sous nos fenêtres », c’est-à-dire, pour l’Europe, sur le territoire européen.

Nous avons le potentiel minier pour alimenter notre transition énergétique !

Pourquoi "sous nos fenêtres" ?

Parce que nous vivons dans des sociétés démocratiques capables de se mobiliser pour, non pas demander, mais exiger que les industriels respectent un ensemble de normes sanitaires et environnementales extrêmement strictes. Les savoirs scientifiques et techniques pour développer une filière minière très respectueuse de l’environnement (on ne peut pas dire totalement, la nature même de cette activité étant de creuser le sol) sont là. Ce qu’il manque jusqu’à présent, c’est une volonté politique et sociale de les intégrer aux processus industriels, dans des pays comme la Chine. « On est jamais mieux servi que par soi-même ».  Alors recréons cette filière en Europe, et réglementons en Europe.

Concrètement, ça donne quoi, une industrie minière propre ?

[Les lignes qui suivent constituent quelques pistes de réflexion et en aucun cas une réponse exhaustive, à chacun de se forger sa propre idée. De plus, pour des raisons de coûts évidentes, la relocalisation en Europe nécessite de repenser très profondément les mécanismes du marché mondial des minerais. Nous ne développerons pas ce point ici.]

a) Empreinte environnementale globale de la mine : limiter les émissions de CO2 liées à l’extraction des métaux. Pour ça, on peut proposer que, dès sa réimplantation en Europe, l’industrie minière soit légalement contrainte à utiliser des énergies renouvelables. Allons plus loin : qu’elle ne « vole » pas les énergies vertes au reste des consommateurs, c’est-à-dire qu’elle implante elle-même les dispositifs et capacités énergétiques dont elle a besoin. De même, des incitations légales (ou règlements à portée obligatoire) à l’installation de systèmes de récupération d’énergie et de modernisation des équipements énergétiques seraient pertinents, comme l’a fait Veolia dans des mines d'Europe de l'Est.

b) Empreinte environnementale locale de la mine : ici, cela concerne avant tout le traitement des eaux usées. L’eau servant dans le cas présent à la purification des métaux après la phase de raffinage chimique (souvent), elle se charge de métaux lourds et dangereux, tant pour l’environnement que pour la santé des populations locales. Des procédés existent déjà pour traiter ces eaux (Veolia, encore une fois, en exploite), et leur efficacité connaît aujourd’hui des progrès considérables grâce à de nouvelles méthodes innovantes. En témoigne la « cage à ions » développée par la start-up française Ajelis pour dépolluer les effluents de telles industries. Au-delà de rejeter des eaux propres, ces procédés peuvent permettre aux industriels une récupération de « sous-minéraux », qu’ils mettront ensuite en vente sur le marché. Si l’on pense global, c’est une optimisation des surfaces de terres utilisées, puisque ces « sous-minéraux » n’auront pas besoin d’être recherchés ailleurs … et donc également une économie énorme en émissions de CO2.

Ces actions doivent continuer à être déployées une fois l’exploitation de la mine terminée, afin de laisser un sol aussi propre que possible.

ajelis permet le recyclage des terres rares, pour une transition énergétique réellement propre

c) Favoriser les filières minières les plus propres : Démonstration par l’exemple (assez réaliste). Si demain des études montrent que le cobalt (présent en Nouvelle-Calédonie) peut permettre l’émergence de batteries à hydrogène industriellement viables, et que le procédé d’extraction du cobalt s’avère plus propre que celui du lithium (très controversé aujourd’hui en Amérique Latine), légiférer pour favoriser le développement de la filière cobalt – hydrogène aux dépens de son alter-ego lithium.

d) Profiter de la dynamique industrielle minière pour financer la recherche sur le recyclage des métaux rares : bien que pas encore parfaitement au point, des savoirs techniques et scientifiques sont également développés dans ce domaine. Ajelis, une fois de plus, a développé un procédé de recyclage des terres rares qu’elle commence à soumettre aux industriels. Nul doute qu’avec le réinvestissement d’une partie des profits de l’industrie minière dans le recyclage des métaux rares (chose qui peut être incitée par des législations et/ou aidé par une coopération de la puissance publique), les avancées techniques et scientifiques dans ce domaine seront grandes. Nous limiterions ainsi largement, à terme, notre besoin d’extraction primaire, notre impact sur les sols, les écosystèmes, et l’environnement global !

la recherche sur le recyclage des terres rares, afin d'assurer de manière indépendante notre transition énergétique,  pourrait être financée partiellement par l'Union Européenne

La pression pour la réimplantation d’une filière minière en Europe, propre, doit notamment passer par les entreprises qui, à un stade ou un autre de la chaîne de valeur, utilisent ces précieux minerais. C’est le cas de la filière photovoltaïque. C’est le cas de Jokosun. Comme nous le faisons ici, à notre échelle d’entreprise naissante, chacune doit rejeter cette douce illusion de l’économie immatérielle et réclamer cette réimplantation de l’industrie minière. Afin de voir toutes les dimensions de nos consommations, et de déployer des actions en conséquence pour être entièrement écologiques. En somme : être responsable.

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